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Déclaration de la FMH sur les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et le don de sang

L’exclusion des donneurs doit être considérée comme un problème de santé publique et pas comme un problème de politique sociale, d’équité ou d’égalité, même si les exclusions doivent être justifiées, équitables et proportionnelles au risque. À cet égard, la FMH est d’avis que les décisions relatives à l’exclusion de donneurs, notamment à celle d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), doivent toujours être fondées sur des données et des preuves scientifiques sans tenir compte de la politique sociale ni de la politique générale.

La sécurité des personnes qui reçoivent les transfusions sanguines et les composants sanguins doit toujours être la principale préoccupation. Les décisions relatives à l’exclusion de donneurs doivent être prises à l’échelle nationale, en tenant compte de la prévalence des infections sexuellement transmissibles et des infections transmises par les transfusions dans chaque pays. Les pays qui envisagent de modifier leurs politiques d’exclusion doivent effectuer une évaluation des risques sur la base des preuves scientifiques à disposition et de leur épidémiologie. Autrement dit, ils doivent, entre autres, déterminer si les changements apportés à leurs politiques mettront davantage en danger la santé des receveurs de sang et décider du niveau de tolérance au risque, en tenant compte du fait que ce sont les receveurs et non les donneurs qui sont exposés au risque. Le niveau d’observance des donneurs avec la politique d’exclusion doit également être examiné lorsqu’il est possible de l’évaluer. Fournir du sang et des composants sanguins sûrs aux patients qui ont besoin de transfusions est l’objectif des centres de transfusion sanguine. La santé des patients doit toujours être au cœur des décisions prises sur l’exclusion de donneurs.

Contexte

En règle générale, de nombreuses personnes n’ont pas l’autorisation de faire don de leur sang en raison de leurs antécédents médicaux, des voyages qu’elles ont effectués et de leur état de santé. De même, plusieurs vastes catégories de personnes en sont exclues sur la base des observations statistiques et épidémiologiques signalant qu’elles présentent plus de risques d’être atteintes d’une infection transmissible. Ainsi, sont exclus du don de sang les HSH, les toxicomanes qui s’injectent de la drogue par voie intraveineuse, les personnes qui vivent dans des pays où le paludisme est endémique, les hémophiles et leurs partenaires ainsi que les personnes ayant séjourné au Royaume-Uni entre 1980 à 1996 en raison du risque de contracter la maladie de la vMCJ. À l’instar des autres groupes, les résidents du Royaume-Uni ne sont pas évalués à titre individuel en fonction de leur exposition alimentaire au bœuf mais sont tous exclus. En excluant toutes les personnes dans une catégorie à risque, le risque global est atténué. Les organismes œuvrant en faveur des droits civils et des questions de santé des homosexuels s’opposent aux exclusions à vie car ils estiment que cette politique est discriminatoire et qu’il s’agit à ce titre d’un problème de droits civils. Ils remettent en doute la pertinence de l’exclusion catégorique d’un groupe entier de personnes et proposent de fonder toute décision relative à l’exclusion de donneurs sur la base d’une évaluation individuelle des comportements à haut risque. L’exclusion des donneurs HSH a été contestée sur le plan juridique au Canada, en Australie, en Finlande et la légalité de l’exclusion a été confirmée dans chaque cas.

La FMH considère la question du don de sang par les HSH comme une question de gestion des risques qui doit être traitée de la même manière dans toute autre politique existante ou proposée sur l’exclusion des donneurs pour les donneurs de sang et de plasma. Lorsqu’un pays envisage d’apporter une modification à un critère d’exclusion de donneurs, il doit prendre en compte deux grandes catégories de risque pour les patients qui reçoivent les transfusions : tout d’abord, la possibilité d’accroître le risque de transmission d’agents infectieux connus tels que le VIH ou l’hépatite B ou C, puis le risque de transmission d’un nouvel agent infectieux inconnu et par conséquent indécelable. Dès que le nouvel agent infectieux est découvert, les autorités sanitaires doivent réévaluer leurs politiques d’exclusion en fonction de ce nouveau risque. Le risque de transmission de nouveaux agents par la transfusion sanguine n’est pas rare. Parmi ces nouveaux agents infectieux découverts ces dernières années figurent le virus du Nil occidental, l’hépatite E, la maladie de Chagas et la leishmaniose, qui se transmettent tous par le sang ainsi que le H1N1, le H5N1, le SRAS et le SRMO, dont la transmission par le sang n’a pas encore été démontrée.

La politique sur l’exclusion à vie des donneurs HSH a été mise en place dans les années 1980 après la transmission généralisée du VIH par l’intermédiaire de la transmission sanguine. Aux États-Unis et aux Pays-Bas, les exclusions à vie des HSH font actuellement l’objet d’un examen, et il est probable que l’exclusion soit réduite à une période d’un an. Le Royaume-Uni a actuellement mis en place une période d’exclusion d’un an pour les donneurs HSH (à l’exception de l’Irlande du Nord), à l’instar de la Finlande, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Au Canada, la période d’exclusion est de cinq ans. En Espagne et en Italie, aucune période d’exclusion n’est prévue et les donneurs sont évalués à titre individuel en fonction de leurs antécédents sexuels. La politique d’exclusion à vie reste en vigueur en Allemagne, en Norvège, en France, au Danemark et en Irlande.