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Risques spécifiques du COVID-19 pour la communauté des troubles de la coagulation

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Groupe de travail de la FMH sur le COVID-19 : Assad Haffar, Cedric Hermans, Barbara Konkle, Brian O’Mahony, David Page, Flora Peyvandi, Steve Pipe, Mark Skinner, et Radek Kaczmarek et Glenn Pierce, co-directeurs

Risques de contracter le SARS-CoV-2 (le virus) et le COVID-19 (la maladie)

  • Aucune susceptibilité accrue à l’infection n’a été détectée chez les patients immunocompétents atteints de troubles de la coagulation. Le SARS-CoV-2 se transmet principalement par des gouttelettes respiratoires provenant de personnes infectées. Ces gouttelettes passent dans les voies respiratoires supérieures et y créent une infection.
  • Nous n’avons pas d’informations sur un éventuel risque accru de contracter l’infection pour les personnes atteintes du VIH. Cependant, en cas d’infection, les personnes immunodéprimées présentent un risque très élevé de développer une forme sévère de la maladie. Dans le cas du VIH, cela comprend :

Risques particuliers si vous avez contracté le COVID-19 et que vous présentez un trouble de la coagulation

  • C’est une infection potentiellement mortelle, qui peut induire un large spectre de maladie, depuis un état asymptomatique jusqu’à une pneumonie sévère et des séquelles létales. Bien que les personnes âgées et/ou présentant des facteurs de risque connus aient plus de chances de développer une forme grave voire mortelle de la maladie, le risque n’est pas absent chez les enfants et les jeunes adultes, même s’il est moins élevé.
  • Les facteurs de risque comprennent les autres maladies systémiques comme l’hypertension, le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’immunosuppression.
  • Les personnes présentant une hypertension ne doivent pas interrompre leur traitement. Les données dont nous disposons ne sont pas en faveur d’un changement dans la prise en charge de l’hypertension.
  • Avec la progression du COVID-19, les voies de coagulation sont activées dans le cadre de la réponse inflammatoire de l’hôte, pour limiter l’infection virale. Plus spécifiquement, le nombre de D-dimères, qui résultent de la dégradation de la fibrine dans les caillots, est élevé chez de nombreux patients atteints du COVID-19 et hospitalisés. Les D-dimères sont un indicateur de la formation d’un caillot (thrombus) ou de sa destruction.
  • Les formes sévères de COVID-19 peuvent provoquer une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), qui est associée à une forte mortalité. La CIVD est une coagulopathie pouvant résulter de la réponse inflammatoire du système au virus, et des tissus endommagés par l’infection. Dans la CIVD, on observe une baisse du taux de plaquettes, un allongement du TCA lors des tests de dépistage et une baisse du fibrinogène.
    • Une surveillance accrue des saignements et de la thrombose est recommandée pour toutes les personnes présentant des symptômes d’une CIVD.
    • Les anticoagulants (comme les héparines de bas poids moléculaire, ou HBPM) sont recommandés dans le cadre de protocoles thérapeutiques pour les patients présentant un taux élevé de D-dimères et une infection sévère. L’usage d’anticoagulants doit s’accompagner d’une thérapie de remplacement de facteur.
    • Dans le cas d’un trouble thrombotique chez un patient atteint d’hémophilie, il est essentiel de fournir un compte-rendu détaillé (évolution du COVID-19, évaluation en laboratoire, thérapie de remplacement).
  • Si le COVID-19 est diagnostiqué, le traitement prophylactique par remplacement de facteur doit être maintenu ; en cas d’hospitalisation pour une forme sévère de l’infection, il peut être nécessaire d’envisager d’augmenter les taux résiduels, comme si l’on traitait un traumatisme majeur.
  • Le risque de complications thrombotiques pour les patients atteints d’hémophilie actuellement traités par des thérapies autres que le remplacement de facteur, comme l’emicizumab ou d’autres agents thérapeutiques expérimentaux (fitusiran, anti-TFPI) reste inconnu en cas de COVID-19.
    • Chez les personnes atteintes d’hémophilie A et traitées par emicizumab, l’interaction du médicament avec la coagulopathie provoquée par l’infection est inconnue, et une surveillance accrue de la thrombose est recommandée.
    • Le traitement prophylactique doit être maintenu, et en cas de dose manquante, la demi-vie longue de l’emicizumab (environ 30 jours) doit être prise en compte, car il sera présent et actif dans l’organisme sur un temps plus long.
    • Une évaluation des patients est nécessaire pour déterminer s’ils ont besoin d’une thérapie supplémentaire de remplacement de facteur.
  • Les anticoagulants peuvent être envisagés dans le cadre de protocoles thérapeutiques recommandés.
  • Chez les patients ayant des inhibiteurs du FVIII et traités par emicizumab, des précautions particulières doivent être prises si l’on traite également le patient par aPCC, car l’interaction médicamenteuse entre ces deux produits est inconnue.

https://www.hemlibra.com/hcp/safety.html?c=hea165155ea50d&gclid=EAIaIQobChMI7sT20bvG6AIVlddkCh3lFAG0EAAYASACEgI-2vD_BwE&gclsrc=aw.ds

  • Note : certains tests semi-globaux de coagulation, comme le TCA, souvent utilisé pour diagnostiquer et surveiller les patients atteints d’une CIVD, surestiment la coagulation chez les patients sous emicizumab et peuvent donc masquer une coagulopathie.
  • Nous recommandons aux chercheurs de demander conseil aux commanditaires de l’étude ainsi qu’aux surveillants médicaux pour les sujets faisant partie de programmes d’essais cliniques pour ces agents. Les patients doivent informer leurs soignants de leur participation à un essai clinique et un contact avec leur hématologue est recommandé.
  • Pour les patients participant à un essai clinique de thérapie génique, en plus de précautions vis-à-vis du risque d’infection en cas d’immunosuppression, telles que décrites dans les Recommandations pratiques pour les personnes atteintes d’hémophilie, il est possible d’envisager une supplémentation pour obtenir des niveaux de facteurs de coagulation plus élevés (comme pour le traitement d’un traumatisme majeur) chez les patients qui ont présenté une réponse sous-optimale à la thérapie génique.
  • Les patients atteints de troubles de la coagulation (quelle qu’en soit la sévérité) et du COVID-19 doivent être éligibles à toutes les thérapies disponibles nécessaires et adaptées à leur état de santé (ventilation mécanique, ECMO, hémofiltration).
    • Être atteint d’hémophilie ne doit pas exclure les individus d’une prise en charge invasive du COVID-19.